jeudi 16 février 2012

L'employeur qui porte atteinte à la dignité du salarié s'expose à une action en résiliation judiciaire

Un salarié peut demander la résiliation judiciaire de son contrat de travail lorsque l'employeur commet un grave manquement à ses obligations.

En général, on entend par « grave manquement » la méconnaissance d'obligations contractuelles essentielles, comme le défaut de versement d'une prime d'origine conventionnelle (cass. soc. 8 avril 2010, n° 09-41134, BC V n° 93), le fait de ne pas fixer d'objectifs au salarié alors que sa rémunération variable en dépend (cass. soc. 9 novembre 2011, n° 10-11658 D) ou encore le non-respect des examens périodiques imposés en cas de surveillance médicale renforcée (cass. soc. 26 octobre 2010, n° 09-42634, BC V n° 249). Cependant, le fait de porter atteinte à la dignité du salarié est tout aussi grave et justifie lui aussi la résiliation judiciaire du contrat de travail.

Ainsi, dans cette affaire, un employeur avait reconnu avoir tenu à l'égard d'une salariée des propos indélicats, aux termes desquels il lui reprochait de dégager des odeurs nauséabondes, en évoquant « une gangrène » et « une incontinence ». La cour d'appel avait néanmoins absous l'employeur, estimant que ces faits ne justifiaient pas, à eux seuls, la résiliation du contrat de travail.

Or, pour la Cour de cassation, l'atteinte à la dignité du salarié constitue pour l'employeur un manquement grave à ses obligations. La cour d'appel aurait donc dû tirer les conséquences des propos tenus à l'encontre de la salariée et résilier le contrat de travail aux torts de l'employeur.